Bernard Sobel n'a pas son pareil pour sortir de l'oubli des auteurs dramatiques mis au rencart. Sa préférence va depuis toujours à des créateurs réfractaires aux dogmes. Ce qui est le cas de Iouri Olechaqui (1899 - 1960) qui connut la renommée dans les années vingt et trente puis eût, en raison de son peu d'enthousiasme pour les idéaux communistes relookés par Staline, quelques différents avec la censure. Il finit, non pas comme beaucoup de ses pairs au goulag ou passé par les armes, mais dans la misère.
Le metteur en scène a la particularité d'être un penseur subtil et un piètre directeur d'acteurs. Ce qui a pour conséquence qu'il monte des spectacles captivants lorsqu'il engage (comme il le fit, entre autres, pour La forêt d'Ostrowsky) des comédiens qui ont métier et talent. Alors que la plupart des jeunes comédiens semblent un peu égarés, John Arnold qui marche sur les traces de Le Vigan et Pascal Bongard dont la force magnétique ne ressemble à celle de personne, sont prodigieux en frères ennemis. L'un se targue d'appartenir au vieux monde et fait, dans un pays où l'imagination est réduite au silence, l'apologie de la liberté de parole et de pensée tandis que l'autre est partisan de la rénovation de l'homme. La passion que leur inspire à tous deux la même jeune fille ne peut évidement qu'attiser leur haine.
Alors qu'il est à son affaire dans les scènes réalistes, Sobel ne l'est plus du tout lorsque la pièce bascule dans l'onirisme. Ecrite dans les mêmes années que celles où Nicolaï Erdman dressait dans "Le suicidé" un tableau peu glorieux de la chaotique période post-révolutionnaire, cette pièce méconnue fait, elle aussi, le constat que la société soviétique dérive vers le pire.
Jusqu'au 8 octobre La Colline- théâtre national tel 01 44 62 52 52
samedi 10 septembre 2011
vendredi 9 septembre 2011
Tes yeux se voilent de Laurent Cazanave
C'est alors qu'il joue seul en scène, sous la direction électrisante de Claude Régy, Brume de Dieu, extrait Des oiseaux, un roman de Tarjeï Vasaas, que l'on a découvert le jeune Laurent Cazanave. Artiste tous terrains il dirige cette fois quatre comédiens aussi novices que lui dans une pièce dont il est l'auteur et dont le propos percute le spectateur.
Le texte en question est constitué de trois formes courtes dont le "personnage" central est une voiture, objet de passion et de mort. Laurent Cazanave qui semble aimer prendre de front des sujets brûlants à eu l'idée peu banale de décrire un échantillon de sensations éprouvées par une personne qui n'est plus maître de sa caisse comme on dit familièrement.
Un enfant s'amuse avec sa voiture miniature. En proie à des colères abondantes il soumet son jouet à ses aspirations destructrices. La veille d'une fête qui réunit tous leurs proches un couple de 18 ans va en boîte où le garçon écluse un peu trop d'alcool. Au retour leur bagnole plonge dans les profondeurs d'un lac. Le troisième récit tiré d'un fait divers fréquent met davantage encore le public en état d'alerte sensoriel.
Si la mise en scène est - péché de jeunesse - parfois trop ciselée, le spectacle est néanmoins l'un des plus secouants qui se puisse voir. Grâce aux musiques choisies avec goût qui l'accompagne et l'interprétation irréprochable de quatre jeunes comédiens on se trouve face à un objet théâtral dont la force d'attraction tout ensemble nous violente et nous subjugue.
Jusqu'au 2 octobre Bouffon théâtre tel 01 42 38 35 53
Le texte en question est constitué de trois formes courtes dont le "personnage" central est une voiture, objet de passion et de mort. Laurent Cazanave qui semble aimer prendre de front des sujets brûlants à eu l'idée peu banale de décrire un échantillon de sensations éprouvées par une personne qui n'est plus maître de sa caisse comme on dit familièrement.
Un enfant s'amuse avec sa voiture miniature. En proie à des colères abondantes il soumet son jouet à ses aspirations destructrices. La veille d'une fête qui réunit tous leurs proches un couple de 18 ans va en boîte où le garçon écluse un peu trop d'alcool. Au retour leur bagnole plonge dans les profondeurs d'un lac. Le troisième récit tiré d'un fait divers fréquent met davantage encore le public en état d'alerte sensoriel.
Si la mise en scène est - péché de jeunesse - parfois trop ciselée, le spectacle est néanmoins l'un des plus secouants qui se puisse voir. Grâce aux musiques choisies avec goût qui l'accompagne et l'interprétation irréprochable de quatre jeunes comédiens on se trouve face à un objet théâtral dont la force d'attraction tout ensemble nous violente et nous subjugue.
Jusqu'au 2 octobre Bouffon théâtre tel 01 42 38 35 53
mercredi 31 août 2011
Olga ma vache de Roland Dubillard
Parvenu aux marges crépusculaire, un auteur dramatique libère des souvenirs longtemps enfouis. Surtout celui d'un amour de jeunesse. Amour peu commun puisque l'élue avait les yeux entourés d'immenses cils et le pelage moelleux d'une vache. Qu'il nomma Olga et rejoignait dans la clairière où il vécut les moments les plus enjoués de son existence. Patrick Coulay, qui joue ce jeune homme saisi d'une passion incontrôlable et a mis ce texte inconvenant en scène avec l'appui de Maryvonne Schiltz, a pendant la première partie de la représentation le palpitant en folie.
A ses côtés Jean Leber joue au violon (alors qu'ils ont été composées pour le piano) des pièces d'une beauté tantôt sémillante tantôt mélancolique d'Erik Satie. L'alliage du texte de Roland Dubillard et de la musique font échos au lien qui unit l'homme et le bovidé
Mais aucun bonheur n'étant sans mélange les choses se gâtent quand l'homme emmène sa dulcinée à Paris où ils entament ensemble un numéro de cirque. Dubillard, qui sait comme peu d'écrivains, décrire la délicate coexistence du tragique et du farfelu, ne croit guère en ses propres utopies. L'homme se jette dans un combat singulier avec lui même et doit déclarer forfait.
La saveur de la prose de l'auteur et la maitrise vertigineuse avec laquelle le violoniste interprète Satie font de ce spectacle une aventures de l'art des plus atypiques.
Jusqu'au 29 octobre Lucernaire tel 01 45 44 57 43
A ses côtés Jean Leber joue au violon (alors qu'ils ont été composées pour le piano) des pièces d'une beauté tantôt sémillante tantôt mélancolique d'Erik Satie. L'alliage du texte de Roland Dubillard et de la musique font échos au lien qui unit l'homme et le bovidé
Mais aucun bonheur n'étant sans mélange les choses se gâtent quand l'homme emmène sa dulcinée à Paris où ils entament ensemble un numéro de cirque. Dubillard, qui sait comme peu d'écrivains, décrire la délicate coexistence du tragique et du farfelu, ne croit guère en ses propres utopies. L'homme se jette dans un combat singulier avec lui même et doit déclarer forfait.
La saveur de la prose de l'auteur et la maitrise vertigineuse avec laquelle le violoniste interprète Satie font de ce spectacle une aventures de l'art des plus atypiques.
Jusqu'au 29 octobre Lucernaire tel 01 45 44 57 43
vendredi 26 août 2011
Thomas chagrin de Will Eno
Un homme occupe un plateau plongé dans le noir puis parcimonieusement éclairé. Des paroles jaillissent des gouffres de son être. On comprend vite qu'il ne parle sans fin que pour endiguer sa douleur. Sa difficulté à sortir de l'enfance est évidente. Parmi les souvenirs qui rappliquent il en est deux dont l'obsession le tenaille : la disparition de son chien alors qu'il était tout jeunot et sa rupture avec une femme pour laquelle il débordait de tendresse et lui apparaissait évidement aussi comme de la chair à fantasmes. Le jeune auteur dramatique américain Will Eno n'est pas né de la dernière giboulée qui sait qu'une séparation subie coupe non seulement de l'autre mais aussi de soi.
Afin de ne pas avoir le sentiment trop vif de partir en capilotade, l'homme qu'interprète Adrien Melin, acteur d'un talent vigoureux dont la voix force l'écoute, s'adresse à maintes reprises à des spectateurs puis n'attendant aucune réponse se remet à parler d'abondance, gambadant d'un sujet à l'autre. Ne croyez surtout pas que le désespoir étiré jusqu'à la folie qu'il manifeste de la sorte a sur le public un effet dévastateur. Le mic-mac mental de ce personnage en crise et certaines de ses réflexions telle que " plaisir d'amour ne dure qu'un instant, herpès d'amour dure toute la vie" provoque des rires irrépressibles. Finement dirigé par Gilbert Desveaux, Adrien Melin prend les mots au collet et dévoile autant le malaise que l'auto-apitoyament forcément grotesque qu'ils contiennent.
Jusqu'au 22 octobre Théâtre Les Déchargeurs tel 08 92 70 12 28
Afin de ne pas avoir le sentiment trop vif de partir en capilotade, l'homme qu'interprète Adrien Melin, acteur d'un talent vigoureux dont la voix force l'écoute, s'adresse à maintes reprises à des spectateurs puis n'attendant aucune réponse se remet à parler d'abondance, gambadant d'un sujet à l'autre. Ne croyez surtout pas que le désespoir étiré jusqu'à la folie qu'il manifeste de la sorte a sur le public un effet dévastateur. Le mic-mac mental de ce personnage en crise et certaines de ses réflexions telle que " plaisir d'amour ne dure qu'un instant, herpès d'amour dure toute la vie" provoque des rires irrépressibles. Finement dirigé par Gilbert Desveaux, Adrien Melin prend les mots au collet et dévoile autant le malaise que l'auto-apitoyament forcément grotesque qu'ils contiennent.
Jusqu'au 22 octobre Théâtre Les Déchargeurs tel 08 92 70 12 28
jeudi 25 août 2011
Plume de Henri Michaux
Dans la moisson de chefs d'oeuvre qu'Henri Michaux nous a légués, Plume occupe une place à part. Il n'y décrit pas comme dans Ecuador ou un Barbare en Asie un voyage dans les lointains ou en utopie mais s'attache à un personnage multiforme et virevoltant qui puisse dans ses propres particularités. Poète d'immense envergure, il se défie des fausses évidences et invente une flopée de récits où le dénommé Plume est totalement désancré de la réalité. Des tempêtes ne cessent de s'abattre sous son crane.
Il n'arrête au cours de ses pérégrinations d'en prendre plein la gueule et même d'être tué. Il lui arrivera même d'être mort le ventre ouvert par un obus... Mais l'auteur n'arrivant pas à s'en débarrasser il est increvable. Ce qui peut s'expliquer par le fait que l'écrivain, originaire d'une Belgique qu'il détestait, était dans sa jeunesse une sorte de Plume.
Alain Macé assure à cet énergumène un relief saisissant. Il en fait un "héros" keatonnien qui échappe, tout surpris, aux situations les plus périlleuses. L'inspiration mélodique de Dayan Korolic, le compositeur et guitariste qui l'accompagne tout au long de ses mésaventures, est pour beaucoup dans le bonheur que procure le spectacle.
Succession de diamants parfaitement taillés, Plume apparaît à travers cette représentation pour ce qu'il est à savoir une oeuvre majeure d'un siècle où triompha la folie.
Jusqu'au 29 octobre Les Déchargeurs tel 08 92 70 12 28
Il n'arrête au cours de ses pérégrinations d'en prendre plein la gueule et même d'être tué. Il lui arrivera même d'être mort le ventre ouvert par un obus... Mais l'auteur n'arrivant pas à s'en débarrasser il est increvable. Ce qui peut s'expliquer par le fait que l'écrivain, originaire d'une Belgique qu'il détestait, était dans sa jeunesse une sorte de Plume.
Alain Macé assure à cet énergumène un relief saisissant. Il en fait un "héros" keatonnien qui échappe, tout surpris, aux situations les plus périlleuses. L'inspiration mélodique de Dayan Korolic, le compositeur et guitariste qui l'accompagne tout au long de ses mésaventures, est pour beaucoup dans le bonheur que procure le spectacle.
Succession de diamants parfaitement taillés, Plume apparaît à travers cette représentation pour ce qu'il est à savoir une oeuvre majeure d'un siècle où triompha la folie.
Jusqu'au 29 octobre Les Déchargeurs tel 08 92 70 12 28
vendredi 5 août 2011
Bussang 2011
Fondé en 1895 par Maurice Pottecher qui s'était fait un devoir d'instruire les ouvriers de l'usine familiale, le théâtre en bois de Bussang est comme chaque été un lieu de réjouissances théatrâles où professionnels et amateurs font cause commune.
Cette année au programme les après midi "Le brames des biches" de Marion Aubert que met en scène le maître des lieux, Pierre Guillois et les soirs "Grand fracas issu de rien" concocté par le même capitaine de vaisseau dont le mandat touche à sa fin.
Dans Le brame des biches l'auteure a l'ingénieuse idée d'imaginer ce qu'était la vie de la constellation familiale d'un capitaine d'industrie vosgienne et des ouvriers qui trimaient 15 heures par jours à l'époque où cet excellent homme qu'était le créateur du lieu le fit construire. Tandis que la misère étend ses ravages chez les hommes et femmes passés du travail des champs à celui de quasi esclaves dans l'usine de textiles, Mathilde, l'épouse du grand patron est en proie à ce que Marion Aubert appelle des poussées d'extravagance. Sorte de double de madame Bovary elle ne cesse de déplorer le vide de son existence et transforme la vie de son époux et de ses domestiques en enfer.Tout au long de la première partie pourtant zébrée de scènes savoureuses, on est agacé par la trop grande abondance de mots et le convenu du propos. La deuxième partie du spectacle est nettement plus réussie car Marion Aubert torpille enfin les situations et que Pierre Guillois s'autorise à déployer son goût pour le grand guignol et le fantastique bouffon. Ah! cette vision du grand manitou des lieux et de l'un de ses subalternes qui, suspendus à des fils. se disent leur amour ...
Le spectacle doit le plus gros de son charme à Jean-Paul Muel, succulent Monsieur Loyal et à l'excellence de trois comédiennes (dont deux sont de fortune). Si malgré ses défauts cette reconstitution fantaisiste à une si grande force de résonance c'est évidement que la guerre sociale a ces dernières années ,depuis l'élection de notre actuel président, repris de plus belle.
Grand fracas issu de rien lorgne, lui, vers le cabaret. Succession de numéros exécutés par une cantatrice, un jongleur, un acrobate et un percussionniste de la meilleure veine, le spectacle aurait gagné à être fertilisé par un texte qui rassemble ces différents talents. Ce que ne peuvent faire des extraits de l'oeuvre de Novarina dont un acteur entrelarde la représentation. Des incrustations numériques sur un voile en tulle apportent heureusement son lot de magie à la soirée.
Théâtre du Peuple 88540 Bussang Jusqu'au 27 août tel 03 29 61 50 48
Cette année au programme les après midi "Le brames des biches" de Marion Aubert que met en scène le maître des lieux, Pierre Guillois et les soirs "Grand fracas issu de rien" concocté par le même capitaine de vaisseau dont le mandat touche à sa fin.
Dans Le brame des biches l'auteure a l'ingénieuse idée d'imaginer ce qu'était la vie de la constellation familiale d'un capitaine d'industrie vosgienne et des ouvriers qui trimaient 15 heures par jours à l'époque où cet excellent homme qu'était le créateur du lieu le fit construire. Tandis que la misère étend ses ravages chez les hommes et femmes passés du travail des champs à celui de quasi esclaves dans l'usine de textiles, Mathilde, l'épouse du grand patron est en proie à ce que Marion Aubert appelle des poussées d'extravagance. Sorte de double de madame Bovary elle ne cesse de déplorer le vide de son existence et transforme la vie de son époux et de ses domestiques en enfer.Tout au long de la première partie pourtant zébrée de scènes savoureuses, on est agacé par la trop grande abondance de mots et le convenu du propos. La deuxième partie du spectacle est nettement plus réussie car Marion Aubert torpille enfin les situations et que Pierre Guillois s'autorise à déployer son goût pour le grand guignol et le fantastique bouffon. Ah! cette vision du grand manitou des lieux et de l'un de ses subalternes qui, suspendus à des fils. se disent leur amour ...
Le spectacle doit le plus gros de son charme à Jean-Paul Muel, succulent Monsieur Loyal et à l'excellence de trois comédiennes (dont deux sont de fortune). Si malgré ses défauts cette reconstitution fantaisiste à une si grande force de résonance c'est évidement que la guerre sociale a ces dernières années ,depuis l'élection de notre actuel président, repris de plus belle.
Grand fracas issu de rien lorgne, lui, vers le cabaret. Succession de numéros exécutés par une cantatrice, un jongleur, un acrobate et un percussionniste de la meilleure veine, le spectacle aurait gagné à être fertilisé par un texte qui rassemble ces différents talents. Ce que ne peuvent faire des extraits de l'oeuvre de Novarina dont un acteur entrelarde la représentation. Des incrustations numériques sur un voile en tulle apportent heureusement son lot de magie à la soirée.
Théâtre du Peuple 88540 Bussang Jusqu'au 27 août tel 03 29 61 50 48
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