dimanche 2 mai 2021

Les analphabètes Une réalisation de Gina Calinolu et Lionel Gonzalez

Il n'est pas rare que des artistes de la scène s'emparent du scénario des Scènes de la vie conjugale de Bergman. Personne en revanche ne l'a fait avec autant de bonheur que Gina Calinolu  et Lionel Gonzalez.  La formation de ces deux comédiens est on peut plus opposée puisque  le jeu de l'un est marqué par son compagnonnage avec l'ingénieuse Jeanne Candel et que le métier  de sa partenaire est influencé par la méthode de Stanilawski. Cette différence de registre s'avère sacrément payante. Au cours de la scène inaugurale le couple se félicite de sa parfaite entente.  De fines lézardes pourtant ne tardent pas à apparaître. L'homme plein de lui même  a pris la décision de refaire sa vie et assène à celle qu'il quitte une foule de reproches. Elle les encaisse sans guère protester. Lorsqu'après de longues périodes de silence ils se revoient elle a appris à lui renvoyer la balle. Bientôt les phrases qui tuent c'est lui qui en est l'objet. Bergman n'a eu de cesse de jeter une lumière crue sur les liens conjugaux et le plus fréquemment de dépeindre l'homme sous des traits peu glorieux. Si au cours des trois heureus que dure le spectacle l'attention jamais ne retombe c'est que les mots sont portés par deux interprètes exceptionnels. Ils sont épaulés par le musicien de jazz Thibault Perriard dont les interventions apaisent ou accentuent les différends. Quel gachis qu'un spectacle d'une telle qualité soit victime de ces temps pandémiques! Il n'aura été qu'extrêmement  peu joué.Si un directeur de salle pouvait avoir l'heureuse idée de le programmer...

vendredi 26 mars 2021

Buster Keaton. Un spectacle d'Elise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo

La dernère création du dynamique duo formé par Marcial Di Fonzo Bo et Elise Vigier est un remède aux idées noires si présentes dans ces temps viraux dont on ne voit pas la fin. A son début le spectacle jette quelques lumières sur ce que fut l'enfance de Buster Keaton né dans un famille de saltimbanques où il fit montre dès sa prime enfance d'une telle capacité, lors d'exercices casse-gueule, à rebondir sur ses pieds    qu'il eût droit à l'appellation de projectile humain. Très jeune il prit la décision de braver seul son destin  et se produisit  dans des music halls .Le succés de ses spectacles tenait  pour beaucoup au fait qu'il y affrontait un tourbillon de situations  périlleuses. Le cinéma alors balbutiant très vite s'intéressa à lui. Le spectacle utilise nombre d'extraits de ses couts métrages et aussi de films aussi marqués par le génie que Le mécano de la générale et Le Caméraman. Il n'y arrête jamais, pour  le plus grand plaisir du public d'avant-hier et d'aujourd'hui de cavaler.  Le prodige est que cinq jeunes comédiens frais moulus des écoles de théâtre occupent le plateau et prennent avec brio la place du célèbre artiste et de ses complices. Le foisonnement créatif qui se déroule sous nos yeux met constamment en joie. Le duo de metteurs en scène a tenu à rendre au hommage au plus doué des contemporains de Keaton : Charlie Chaplin dont on redécouvre cette merveille qu'est  L'émigrant. On sait enfin gré à la scénographe Catherine Ranki et à des auteurs tels que Agnès Desarthe, Tanguy Viel, Leslie Kaplan et quelques autres d'avoir enrichi à l'aide de leurs mots  une représentation qui laissera des traces indélébiles. Le spectacle était censé commencé son parcours à Caen en janvier. On souhaite que le public aura sans trop tarder la chance de l'applaudir. 

samedi 13 février 2021

Stallone d'après le roman d'Emmanuelle Bernheim.

Etoile filante de la littérature, Emmanuelle Bernheim (1955-2017) avait l'art d'écrire des romans brefs mais d'une densité suffocante. Stallone en est un parfait exemple qui décrit comment la découverte des films Rocky dans lequel Stallone joue un homme qui puise dans les tous les aléas de sa vie des forces nouvelles, fait grandit chez Lise, une jeune secrétaire médicale, un puissant appétit d'être. La voilà qui abandonne son existence routinière, reprend des études de médecine et s'entraîne à la boxe. Un amour, tous frais, tout beau puis la naissance de deux fils va parachever sa transformation mais ne lui font pas oublier sa dette envers Stallone dont elle ne rate aucune sortie de film. Lorsqu'il connaît un passage à vide elle se décide, par un acte impulsif, à lui prêter main forte. Adapté pour la scène par Fabien Gorgeart, ce récit d'un transfert amoureux dont la complexité reste fort heureusement indéchiffrable ne peut que transporter. Clothilde Hesme fait de Lise une femme que sa passion fait irradier. Son apprentissage du noble art qui se transforme en numéros de claquette restera gravé dans les mémoires. Le comédien et prodigieux musicien Pascal Sangla crée à ses côtés un décor sonore qui semble donner voix à ceux qui accompagnent Lise dans son étonnant périple. La politique de restriction que nous subissons rend impossible de savoir quand les représentations de ce spectacle seront reprises.

dimanche 7 février 2021

Hamlet de William Shakespeare

Gérard Watkins n'avait jusqu'à présent mis en scène que ses propres pièces. Il change aujourd'hui son fusil d'épaule afin de servir l'immense Shakespeare. Montrant une fois de plus qu'il n'a pas froid aux yeux, il a porté son choix sur Hamlet, assurément la pièce la plus démente de son auteur. On ne peut en outre que se féliciter qu'il a tenu à lui- même traduire cette oeuvre qui semble avoir été écrite dans un état second. Le miracle est que l'on est subjugué par la magnificence de la langue. Se rappelant que Sarah Bernahardt s'était glissée avec un succés devenu légende dans la peau et les humeurs ulcérées du prince de Danemark, il a confié le rôle à Anne Alvaro, sa talentueuse complice de toujours. Etoffée par une bande-son rock, la représentation démarre en force. Profondément atteint par la mort de son père, dont le spectre hante les lieux, Hamlet s'adresse à Gertrud, sa mère et à Claudius, son ursupateur d'oncle, avec des mots qui cachent sous leur vernis une haine inextinguible. Les événements se bousculent faisant vaciller les esprits et provoquant une cascade de morts. On sait gré à Gérard Watkins de nous faire découvrir des scènes cruciales d'ordinaire sacrifiées. Grâce à de saisissantes inventions scéniques le spectacle est de ceux, si rares, qui portent à de multiples endroits l'empreinte du génie shakepearien. Un spectacle qui, comme tant d'autres, ne sera rendu public que quand les temps seront redevenus normaux.

mercredi 3 février 2021

La situation Texte et mise en scène de Bernard Bloch

Malgré le coup d'arrêt de la vie sociale et des activités culturelle les artistes sont à l'oeuvre. Des spectacles sont prêts à être soumis à l'avis du public. Mais pour l'instant seuls quelques "professionnels" ont le privilèges de les découvir. Après avoir passé quelques mois à Jérusalement où il s'est entretenu avec un grand nombre de personnes Bernard Bloch a écrit et monté La situation où il fait entendre quantité de mots qu'il a glané. C'est qu'il sait être à l'écoute des gens les plus divers et qu'il n'utlise ses talents de débatteur que pour pousser ses interlocuteurs à affiner leurs propos. Un musicien et dix comédiens, qui chacun se fait le porte paroles de plusieurs personnes, occupent le plateau. Cette multiplicité de regards sur une ville considérée par certains comme sainte,où rêgne la violence, le désir d'en découdre comme celui d'apaiser les tensions laisse deviner combien il est à la fois exaltant et harrassant d'y vivre. C'est que personne ne se considére hors jeu, que chacun est viscéralement concerné. Tous ont de ce fait le verbe facile et quelquefois lyrique. Beaucoup de ceux avec lesquels Bernard Bloch devise sont hauts en couleur, S'il en est chez lesquels on perçoit un noyau paranoîaque, d'autres qui se dressent en prophétes de malheur (tel celui qui attend avec délectation l'apocalypse) il en est aussi à qui la ville apparaît comme un avant poste du paradis. C'est le cas d'un couple d'ultra religieux dont on apprend qu'ils sont des chrétiens convertis au judaïsme dont la crainte la plus forte est de voir leur fils épouser une non juive.. Parmi les hommes et femmes rencontrés certains sont évidement juifs d'autres musulmans ou chrétiens. Parmi les arabes d'Israêl, il en est, on s'en doute, beaucoup qui se sentent lésés. L'un d'eux affirme que les juifs ont leur place au Moyen-Orient pas le sionisme qui en occupant les territoires a montré sa vraie nature. Ce faisceau de points de vue relayés par des comédiens on ne peut mieux choisis fait le prix de ce spectacle dont la fin compte parmis les plus déchirantes jamais vues. Du 18 au 21 mai Comédie de Saint Etienne, du 3 au 5 juin Théâtre Dijon Bourgogne (Théâtre en mai) Dans la région parisienne la saison prochaine.

dimanche 31 janvier 2021

J.C. Mise en scène Juliette Navis

Karateka devenu une star du film d'action, Jean-Claude van Damme (J.C.) est un être qui ne peut être réduit à la carricature qui en est fréquemment faite. S'inspirant de l'essai que lui a consacré l'économiste belge Bernard Lietaer la metteuse en scène Juliette Navis montre à travers un spectacle, où le comédien Douglas Grauwels se glisse dans dans ses nerfs et ses pensées, le surprenant parcours de celui qui fut un enfant associal traité de gringalet. Le choc qu'il dit avoir ressenti dans une église face au visage de Marie le poussa à prendre son destin en mains. Dans un même mouvement il développa sa msculature et entreprit de comprendre pourquoi la société repose sur l'avidité des uns et la précarité des autres. Son combat contre les idéaux mercantiles qui dominent notre époque le poussa à chercher ce qui a les a favorisés. A l'en croire c'est notre système monétaire lequel perpétue des traditions férocement patriarcales. C'est par le truchement d'un texte aussi abondant qu'à certains endroits farfelu que l'acteur seul en scène fait entendre le raisonnement de J.C. Comédien à la gestuelle précise, Douglas Grauwels, qui a adopté l'accent du Bruxelles populaire - celui qui berça la prime enfance de Jean-Claude van Damme - déploie une énergie physique sidérante. Il porte la représentation à des somments d'admirable virtuosité. La date à laquelle ce spectacle sera joué devant un public qu'il a toutes les chances de séduire est, on s'en doute, imprécise...

jeudi 14 janvier 2021

Kolik de Rainald Goetz Mise en scène Alain Françon

Bien que nos gouvernants aient décrétés les lieux culturels inessentiels, metteurs en scène, comédiens, scénographes et tant d'autres s'activent en esperant que leurs créations verront le jour. Kolik est un monologue étourdissant signé du dramaturge allemand Rainald Goetz que joue Antoine Mathieu sous la délicate direction d'Alain Françon. Un homme sous l'empire du stress s'adresse au public. Il semble parler pour juguler sa terreur, s'exprime par bribes signifiant par cela que la grammaire et même les mots ne sont plus en adéquation avec le réel. La prestation intensément physique du comédien nous fait pourtant ressentir que son personnage a conservé son appétit d'être. Si le cerveau s'embrase, le corps résiste. Reinald Goetz qui écrivit ce texte en 1986 - texte qui a été revu par Ina Seghezzi - semble lancer un avertissement ultime. Qu'un tel spectacle - où pour tout accessoire l'intérprête dispose d'une fauteuil - soit vigoureusement applaudi par ceux qui ont la chance de le découvrir peut apparaître comme la preuve que la sitation est grâve mais pas aussi désepérée que l'auteur le croit. Théâtre 14 à une date indéterminée.

mardi 12 janvier 2021

Là bas, chansons d'aller-retour. Mise en scène Simon Abkarian

Chanteuse et comédienne de premier ordre, Nathalie Joly, dont on a tant apprécié l'interprétation qu'elle donna du répertoire et de la trajectoire d'Yvette Guilbert, revient aujourd'hui avec un spectacle à deux voix. Le duo qu'elle forme avec Valérie Joly, sa soeur est un bonheur. Non seulement parce que leurs deux voix s'accordent à merveille mais aussi pour la bonne raison qu'elles nous font découvir les reliquats d'un monde disparu ou du moins oublié. Le récit chanté qui nous est proposé est né de la rencontre de Nathalie Joly avec des femmes rencontrées de l'autre côté de la Méditérannée dont elle est elle-même originaire. Son inspiration elle l'a également trouvée à Cuba.La création à laquelle on assiste bénéficie de l'influence de deux cultures. Nostalgie et entrain tout du long se cotoyent. Les deux intreprètes marchent tantôt sur les brisées des Diseuses dont les incantations accompagnaient les familles endeuillées tantôt font surgir de la brume des souvenirs la préparation d'une spécialité culinaire dont, dans leur prime enfance, elles raffolaient. Vieux complice de l'initiatrice du spectacle, Simon Abkarian lui a donné un rythme si soutenu que la représention finie on se sent regénéré.Bien que la culture soit baillonnée ses servants s'activent. Ce spectacle comme tant d'autres est fin prêt. On ne sait hélas quant le public pourra le goûter.