lundi 5 décembre 2016

Une place particulière. Création collective dirigée par Olivier Augrond.

Comédien à la carrière théâtrale foisonnante, Olivier Augrond a notamment participé à des ateliers de Joël Pommerat. Lesquels lui ont manifestement donné l'idée de monter et d'écrire les répliques d'un spectacle dans lesquels s'emboitent de multiples situations, toutes tendues. Six jeunes comédiens au métier déjà solide et un musicien ont improvisés des scènes où des événements recueillis ou vécus ont servi de combustible. Convoqués chez un notaire après la mort d'un parent plusieurs personnes se rencontrent pour la première fois. Ils se retrouveront plus tard dans la maison de campagne du défunt. Entre temps aura eu lieu une réunion autour de l'urne. Au cours de chacune de ces circonstances apparaissent des visages nouveaux de celui qui a rendu les armes Si la vérité d'un homme, comme nous le rappelle finnement le spectacle, n'est pas univoque, les épisodes les plus importants de nos vies ne se sont pas eux non plus déroulés comme on en était convaincu. Au cours d'une scène particulièrement réussie les parents d'un nouveau né, persuadés que cet enfant n'est pas le leur, reviennent à la maternité afin de l'échanger. Pas de fil conducteur entre les séquences mais de nombreuses résonances. Ce spectacle au charme certain, dont l'écriture comme l'interprétation sont de la meilleure veine, a visiblement conquis un public de tous âges. Jusqu'au 14 décembre Théâtre Sylvia Montfort tél 01 56 08 33 88

samedi 3 décembre 2016

Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni (Nous partons pour ne plus vous donner de soucis) de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini.

Le point de départ de ce spectacle des metteurs en scène italiens associés Daria Deflorian et Antonio Tagliarini est le début du roman "Le justicier d'Athènes" écrit en 2011 par l'écrivain grec Pétros Markani. N'arrivant plus nouer les deux bouts, ce qui engendre de navrantes conséquences psychiques, quatre femmes retraitées se sont données la mort. Cela après avoir laissé leurs lieux d'habitation dans un état impeccable et laissé des mots dans lesquels elles expliquent ne pas vouloir être à la charge de la société à qui leur disparition va ôter un poids. Comme ces femmes les comédiens sont quatre, les deux initiateurs du projet et deux autres interprètes. Ils prendront à tour de rôle la parole. Hormis quelques chaises le plateau est nu ce qui rappelle l'extrême précarité dans laquelle vivaient les personnes qui ont pris la décision d'en finir. En choisissant de jouer sur un vaste plateau où ils se trouvent éloignés l'un de l'autre les acteurs font aussi ressentir le sentiment de vide qu'éprouvaient les défuntes. Si le spectacle, qui souligne combien la misère étend ses ravages, distille de l'émotion il est aussi, mâtiné d'humour grâce notamment à Daria Deflorian, comédienne de première force. On lui sait gré d'avoir souligné dans le dossier de presse que, comme les femmes âgées dont il est question, les artistes sont en ces temps accablant considérés comme des bouches inutiles. Avec le Festival d'Automne Jusqu'au 18 décembre Odéon - Ateliers Berthier -17e tél O1 44 85 40 00

lundi 28 novembre 2016

The valley of astonishment. Texte et mise en scène Peter Brook et Marie-Hélène Estienne

La lecture de "L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau" du neurologue Oliver Sachs, qui décrivait des êtres dont le cerveau semblait dissemblable de celui des personnes dites normales, poussa Peter Brook a mettre en scène "L'homme qui".Il co-signe aujourd'hui avec Marie-Hélène Estienne un spectacle dans lequel il s'attache à des femmes et des hommes dotés de capacités mémorielles hors du commun. Trois comédiens (Kathryn Hunter, Marcello Magni et Pitcho Womba Konga) à la sureté de jeu exceptionnelle, épaulés par le musicien Raphaël Chambouvret, jouent plusieurs personnages. Une femme hyperménésique se trouve face à un médecin qu'on retrouve plus tard dans le rôle d'un magicien. On croise ainsi plusieurs personnes à la singularité extrêmement attachante. En particulier la femme à la mémoire si phénoménale qu'elle intéresse autant des scientifiques qu'un promoteur de spectacles. La mise en scène est, quant à elle, d'une sobriété et d'une précision bien dans la manière du maître de son art qu'est Peter Brook. Jusqu'au 23 décembre Théâtre des Bouffes du Nord tél O1 46 07 34 50

vendredi 25 novembre 2016

Iphigénie en Tauride de Johan Wolfgang von Goethe

Cette pièce peu connue - du moins en France - Goethe l'écrivit à la fin du 18e siècle, époque où l'Allemagne s'était enflammée pour la Grèce et ses mythes. L'écrivain donne de l'histoire de la fille aînée d'Agamemnon sacrifiée par son père alors qu'il voguait vers Troie une version bien éloignée de celle d'Euripide reprise par Racine. Iphigénie a été sauvée de la mort par Diane et emmenée par elle sur un nuage en Tauride. Devenue prêtresse de la déesse et gardienne de son temple, elle connaît des années de confinement. Elle a réussi à obtenir l'arrêt de la pratique barbare qui consiste à mettre à mort tous les étrangers qui débarquent dans le pays. Lorsque Thoas (Alain Rimoux), le vieux roi la demande en mariage et qu'elle se défile, le monarque furieux rétabli une coutume qui sacralise les pulsions meurtières du peuple. Iphigénie se trouve de ce fait contrainte de devoir exécuter deux étrangers fraîchement arrivés en Tauride. Ces condamnés sont, elle l'apprendra vite, son frère Oreste qui a assassiné Clytemnestre, leur mère et Pylade son compagnon (Pierre-Frnçois Garel). La sobre mise en scène de Jean-Pierre Vincent épaulé par son vieux complice le scénographe Jean-Paul Chambaz, met la pièce magistralement en valeur. Cécile Garcia Fogel, technique impeccable et voix ardente, est une Iphigénie qui avec son éloquence torrentielle a tout de la pythie. Face à elle Vincent Dissez campe un Oreste poursuivi par les furies qui l'ont transformé en bloc d'anxiété. Son jeu tout de liberté et de finesse rend son personnage aussi fragile qu'attachant.La traduction limpide - éloignée de l'hyper romantisme auquel nous avaient habitués les adaptateurs de Goethe - de Bernard Charteux et de Eberhrd Spreng concoure, elle aussi, à la réussite du spectacle. Jusqu'au 10 décembre Théâtre de la Ville au Théâtre des Abbesses. Tel 01 42 74 2é 77

mercredi 23 novembre 2016

Une chambre en Inde. création collective du Théâtre du Soleil dirigée par Ariane Mnouchkine.

Lorsque son directeur devenu brindezingue lâche les commandes, sa troupe en tournée en Inde s'y trouve coincée. C'est à Cornelia, son assistante, que revient la charge de reprendre le flambeau. Réveillé en pleine nuit par un coup de téléphone qui lui annonce la fâcheuse nouvelle elle va avoir le plus grand mal à retrouver le sommeil. D'autant qu'une foule d'autres appels pressants, sinon menaçants vont suivre. Des solutions lui apparaissent à travers ses rêves et des visions.Elle voit ainsi surgir des danseurs qui dans de somptueux costumes bariolés jouent des épisodes du Mahabharata. Vont alterner tout au long de la représentation théâtre épique souvent dansé et chanté et saynètes burlesques. Que du bonheur! Désemparée, la malheureuse Cornelia (qui n'a à l'évidence pas comme Ariane Mnouchkine toutes les audaces) appelle en renfort ces dieux du théâtre que sont Shakespeare et Tchekhov. Tous deux rappellent que leur but était d'écrire des comédies. Le rire apparaît donc comme seul capable de faire la nique au désespoir. Et des rires le spectacle en suscite beaucoup notamment sur des sujets aussi décourageants que Daesch ou le sort des femmes en Inde. On aura compris que Cornelia se trouve dans un situation qui par son apparence souvent désespérée rappelle le chaos du monde où il nous faut vivre, où les foyers de tension sont toujours plus nombreux, où des religieux qui prônent la violence étendent leur empire. Mais Ariane Mnouchkine et sa nombreuse troupe composée de femmes et d'hommes venus de diverses régions du monde ont les idées qui crépitent. Confrontés à une actualité calamiteuse, ils nous offrent un spectacle étourdissant d'humanité qui se clôt sur un message d'espoir ou en tout cas de tolérance particulièrement bienvenu. Théâtre du Soleil - Cartoucherie de Vincennes tél Individuels 01 43 74 24 08 Collectivités, groupes d'amis 01 43 74 88 50

dimanche 20 novembre 2016

Les français d'après A la recherche du temps perdu de Marcel Proust

Nombreux sont les metteurs en scène qui tentent de faire vaciller les frontières entre littérature et théâtre. Krzystof Warlikowski part, lui, carrément à la recherche du temps perdu. Il en ramène quelques pépites mais souvent s'égare. Il a choisi de prendre dans chaque partie de cette oeuvre monumentale une scène clé ou qu'il considère telle. Comme il juge que Proust est essentiellement marqué par sa judéîté et son homosexualité, il insiste - parfois à gros traits - sur ces deux aspects de son univers. Au début il n'est question dans le monde des Guermantes que de l'affaire Dreyfus. Il est mal vu dans dans cette société antisémite que Charles Swann (l'alter ego de Proust) ait des sympathies dreyfusardes. Cette obsession du judaïsme, il ne semble pas qu'elle était partagée par l'écrivain bien qu'il côtoyait un monde que cette question agitait. Il apparaît en revanche, on le remarque dans nombre de ses créations, que cette question taraude avec raison Warlikowski qui, polonais, a grandi dans un monde hanté par les fantômes des trois millions de juifs assassinés.Les aristocrates ici croqués n'ont de cesse de s'enorgueillir de leur rang et se font une règle de ne pas saluer, Odette, épouse de Swann qui a vécu de galanteries. C'est dans le deuxième volet du spectacle qu'apparaît dans toute sa force la profondeur et l'esprit caustique de Proust. La société que fréquente Marcel, le narrateur, apparaît sous un jour plus affiné, ce qui ne veut pas dire plus aimable. Chacun se montre expert dans l'art de nouer et de dénouer des intrigues. Charlus, l'homosexuel érudit est mis sur la touche par les Verdurin dont l'ambition mondaine et la vulgarité sautent aux yeux. De son côté Swann parvenu à son zénith amoureux, prend conscience que celle pour qui il s'est démené n'est pas son genre... Le metteur en scène a visiblement eu plus de mal avec "Le temps retrouvé", par lequel Proust démarra son grand oeuvre. Les personnages plein de panache d'autrefois sont à présent cacochymes, frappés d'impotence et peu sensibles à la morsure du souvenir. Ce qui est, il faut bien l'admettre un cliché sur les années qui ont filées et nous ont flétris. Dans son film "Le temps retrouvé" Raul Ruiz avait avec infiniment plus de bonheur et d'invention montré que le temps retrouvé était celui qui nourrit nos rêves et nos pensées. On ne comprend pas davantage pourquoi Warlikowski fait débuter la dernière partie du spectacle par une lassante diatribe contre l'Europe. Les comédiens défendent, eux, tous vaillamment leur personnage. Dommage que les micro HF nous donnent trop souvent le sentiment de nous trouver dans une chambre d'échos. Les créations vidéos de Denis Guéguin nous mettent, en revanche, avec finesse en présence des obsessions de Proust.

mardi 8 novembre 2016

La cuisine d'Elvis de Lee Hall

Sa bonne réputation, Lee Hall la doit au scénario du film de Stephen Daldry Billy Elliot. Il est par ailleurs l'auteur de nombreuses pièces de théâtre dont le public anglais raffole. Metteur en scène d'un théâtre corrosif, Pierre Maillet a eu mille fois raison de puiser dans l'oeuvre de ce dramaturge "La cuisine d'Elvis" qui nous fait entrer dans l'intimité d'une famille singulièrement déglinguée. Ses trois membres sont, en effet, de drôles de pistolets. La mère, qui a un sérieux penchant pour la bouteille, s'envoie en l'air avec un jeune homme étonné d'être autant désiré. Le père est réduit à l'état de légume. Reste la fille qui est à longueur de temps aux fourneaux où elle prépare des plats qui ferait le bonheur des amateurs de ripailles. Si la mère anorexique n'apprécie pas mais alors pas du tout cette passion culinaire, son amant se révèle une excellente fourchette. Pas surprenant qu'il devienne bientôt autant l'objet de la convoitise de la fille que de la mère. La pièce de Lee Hall est une sorte d'anti-Théorême où, l'on s'en souvient, un étranger séduit chacun des habitants de la maison où il a été accueilli. Comme dans un songe le père (Pierre maillet) sort parfois de sa catatonie pour chanter des tubes du King, autrement dit d'Elvis Presley. Mais ce petit monde ne fait pas que débloquer. Soudain, alors qu'on ne s'y attend pas, la mère (Marie Payen qui a l'art de conjuguer barjerie et émotion) confie que le mal dont souffre son homme la laisse inconsolée. Les relations qu'elle entretient avec sa fille (Cécile Bournay) sont, elles, tantôt à couteaux tirés,tantôt tendres. Les talents et tempéraments de ces deux comédiennes s'accordent à merveille. Elles ont trouvé en Matthieu Cruciani un partenaire à leur mesure. Si l'on ajoute combien est succulente la traduction de Louis-Charles Sirjac on aura compris que La cuisine d'Elvis mérite qu'on s'y rende. Jusqu'au 27 novembre Théâtre du Rond-Point Tél01 44 95 98 21