Oblomov, descendant d'une famille de la noblesse russe mène une existence retranchée, on pourrait même carrément dire assoupie.Il passe, c'est vrai, le plus clair de son temps réfugié dans le sommeil. Ses songes le ramènent à Oblomovska, la maison de son enfance dont le metteur en scène Volodia Serre a eu l'heureuse idée de faire découvrir l'aspect cossu et les proportions appréciables dans un film vidéo projeté en fond de scène. Zakhar qu'il appelle dès qu'il ouvre l'oeil est sa seule compagnie, son souffre douleur mais surtout une sorte de nounou qui est à ses côtés depuis qu'il est né. Ces deux hommes qui ne cessent de s'asticoter visiblement s'adorent. Stolz, un ami de jeunesse, venu rendre visite à Oblomov va employer toute son énergie qu'il a importante à tenter de le ragaillardiser. On apprend ainsi qu'avant de vivre étendu sur son canapé rideaux tirés le bonhomme débordait de vitalité.
A Stolz, incarnation de l'homme nouveau, qui lui vante les vertus d'une vie hyper-active, Oblomov n'a aucun mal à lui en démontrer l'inanité. Cette discussion raisonne avec une singulière force à une époque, comme la nôtre, où l'impératif de réussir a pris des proportions si effarantes. Seule le fera sortir de son inertie résolue et lui mettra le coeur à vif, l'apparition de Olga Sereïevna. Entonnant d'une voix qui lui met les larmes aux yeux Casta diva, sublime aria tiré de la Norma de Bellini, la jeune fille lui apparaît, - comme le personnage de l'opéra - capable d'adoucir ses tourments. Ce qui est évidement démesuré.
Créée par Ivan Alexandrovitch Gontcharov (1812 -1891) le contre - héros Oblomov est devenu une figure incontournable de la littérature russe, une sorte d'incarnation de ce que l'on appelle l'âme slave. Comme le feront les personnages de Tchekhov (qui avait pour son aîné une immense admiration) Oblomov rêve davantage sa vie qu'il ne la vit. On se souvient que les Trois soeurs rêvent d'un Moscou qui n'existe que dans leurs souvenirs.
Volodia Serre a su pousser les comédiens au meilleur d'eux-mêmes. Guillaume Gallienne impose un Oblomov d'une saveur exceptionnelle. Son jeu aux ruptures toutes en finesse est celui d'un immense interprète. Yves Gasc, revenu jouer au Français dont il fut l'un des acteurs phares, compose un Zakhar d'une truculence égale à celle de son "maître". Quant à Marie - Sophie Ferdane, qui a la tâche difficile de jouer une femme de rêve mais aussi un être d'une implacable lucidité, elle est d'une prestance qui ne peut s'oublier.
Jusqu'au 9 juin Théâtre du Vieux Colombier tel 01 44 39 87 00/01
samedi 11 mai 2013
mercredi 1 mai 2013
Iphis et Iante d'Isaac de Benserade
Créé en 1634 à l'Hôtel de Bourgogne érigé à l'initiative du peu saint homme mais esprit puissant qu'était Richelieu, Iphis et Iante est l'une des quatre pièces que fourbit à 24 ans Isaac de Benserade qui devint ensuite poète et rentra à l'académie française. Mis au courant de l'existence de cette oeuvre écrite alors que Corneille faisait ses gammes, par des spécialistes du théâtre des débuts du 17e siècle, Jean-Pierre Vincent prit avec d'autant de plaisir l'initiative de la mettre en scène qu'elle pouvait être jugée malséante.
Jugez en : née fille alors que son père voulait à tout prix un garçon Iphis grandit déguisée par les soins de sa mère en garçon. Son cas se corse quand à l'adolescence le pseudo jeune homme s'éprend de l'avenante Iante. Laquelle trouve la situation à son goût.
Balançant constamment entre la comédie de moeurs et le drame fantastique le texte fourmille de retournements de situations. D'autant que pantelant d'amour un jouvenceau prénommé Ergaste poursuit Iphis de ses assiduités... Joué avec malice par des comédiens aguerris tels que Charlie Nelson et Eric Frey et des acteurs récemment sortis de l'école du Théâtre National de Stasbourg, le spectacle bénéficie aussi des talents de Bernard Chartreux et de Jean-Paul Chambas fidèles dramaturges et scénographes des créations de Jean-Pierre Vincent Si la pièce, à en croire le metteur en scène se perdait parfois en afféteries, il a eu l'ingénieuse idée de lui donner quelques coups de rabots. Le résultat est savoureux. Il ne plaira, on s'en doute, que médiocrement aux culs bénis qui viennent de faire des leurs.
On imagine sans mal combien le maître d'oeuvre s'est plu à montrer que transformée par les soins d'une déesse en mâle Iphis fait montre d'une vanité confiante annonciatrice d'un machisme décomplexé (un terme dont certains hommes politiques se gobergent si volontiers)
Jusqu'au 6 mai Théâtre Gérard Philipe tel 01 48 13 70 00
Jugez en : née fille alors que son père voulait à tout prix un garçon Iphis grandit déguisée par les soins de sa mère en garçon. Son cas se corse quand à l'adolescence le pseudo jeune homme s'éprend de l'avenante Iante. Laquelle trouve la situation à son goût.
Balançant constamment entre la comédie de moeurs et le drame fantastique le texte fourmille de retournements de situations. D'autant que pantelant d'amour un jouvenceau prénommé Ergaste poursuit Iphis de ses assiduités... Joué avec malice par des comédiens aguerris tels que Charlie Nelson et Eric Frey et des acteurs récemment sortis de l'école du Théâtre National de Stasbourg, le spectacle bénéficie aussi des talents de Bernard Chartreux et de Jean-Paul Chambas fidèles dramaturges et scénographes des créations de Jean-Pierre Vincent Si la pièce, à en croire le metteur en scène se perdait parfois en afféteries, il a eu l'ingénieuse idée de lui donner quelques coups de rabots. Le résultat est savoureux. Il ne plaira, on s'en doute, que médiocrement aux culs bénis qui viennent de faire des leurs.
On imagine sans mal combien le maître d'oeuvre s'est plu à montrer que transformée par les soins d'une déesse en mâle Iphis fait montre d'une vanité confiante annonciatrice d'un machisme décomplexé (un terme dont certains hommes politiques se gobergent si volontiers)
Jusqu'au 6 mai Théâtre Gérard Philipe tel 01 48 13 70 00
mercredi 17 avril 2013
Huis clos de Jean Paul Sartre
Relégué au purgatoire depuis quantité d'années le théâtre de Sartre n'est pas aussi daté qu'on le prétend. Même si certaines de ses pièces telles que La putain respectueuse ou Morts sans sépultures pèchent par un manichéisme trop résolu. Il en va tout autrement de Huis clos où un homme et deux femmes se retrouvent après leur mort dans une chambre surchauffée et ne tardent pas à se prendre de bec. Le climat d'inimitié qui règne entre eux se détériorera davantage encore quand chacun recomposera son passé et offrira aux deux autres une image avilie de lui- même. Ils ne tardent pas de constater que s'ils se trouvent réunis c'est qu'ils possèdent la faculté d'être le bourreaux les uns des autres.
Qui ne se souvient de la fameuse phrase "l'enfer c'est les autres "? Elle est pourtant difficile à généraliser. Les trois personnes contraintes de partager un lieu sans charme ont été choisies car elles n'ont aucune affinités. Il serait plus juste de dire "l'enfer c'est l'éternité". Le grand fleuve du temps s'est figé
Agathe Alexis qui assure la mise en scène et interprète la vindicative Ines a eu la riche idée de concevoir une mise en scène bi-frontale. Ce qui permet de ne pas se sentir à l'étroit comme le trio de malheureux qui prennent conscience de l'adversité de leur sort. L'excellence des acteurs est pour beaucoup dans la réussite de la représentation. Anne Le Guernec est avec conviction une bourgeoise aussi coquette que sans scrupules. Bruno Boulzaguet, le seul que n'a pas attenté à la vie de quiconque a la partition la plus difficile. Dont il se sort avec panache.
On peut parler à propos de Huis-Clos de chef d'oeuvre intemporel. Les nombreux lycéens qui assistaient au spectacle sont arrivés en se lançant des vannes. Quand les acteurs se sont pointés ils sont, jusqu'au bout, restés coi.La preuve que sous la direction d'Agathe Alexis et Alain Alexis Barsacq la pièce développe toute son insolite puissance.
Jusqu'au 12 mai Théâtre de l'Atlante tel 01 46 06 11 90
Qui ne se souvient de la fameuse phrase "l'enfer c'est les autres "? Elle est pourtant difficile à généraliser. Les trois personnes contraintes de partager un lieu sans charme ont été choisies car elles n'ont aucune affinités. Il serait plus juste de dire "l'enfer c'est l'éternité". Le grand fleuve du temps s'est figé
Agathe Alexis qui assure la mise en scène et interprète la vindicative Ines a eu la riche idée de concevoir une mise en scène bi-frontale. Ce qui permet de ne pas se sentir à l'étroit comme le trio de malheureux qui prennent conscience de l'adversité de leur sort. L'excellence des acteurs est pour beaucoup dans la réussite de la représentation. Anne Le Guernec est avec conviction une bourgeoise aussi coquette que sans scrupules. Bruno Boulzaguet, le seul que n'a pas attenté à la vie de quiconque a la partition la plus difficile. Dont il se sort avec panache.
On peut parler à propos de Huis-Clos de chef d'oeuvre intemporel. Les nombreux lycéens qui assistaient au spectacle sont arrivés en se lançant des vannes. Quand les acteurs se sont pointés ils sont, jusqu'au bout, restés coi.La preuve que sous la direction d'Agathe Alexis et Alain Alexis Barsacq la pièce développe toute son insolite puissance.
Jusqu'au 12 mai Théâtre de l'Atlante tel 01 46 06 11 90
samedi 13 avril 2013
La ronde de nuit par le Théâtre Aftaab
Le Théâtre Aftaab a vu le jour à Kaboul il y a quelques années à l'issue d'un stage organisé dans la capitale afghane par Ariane Mnouchkine et des membres de sa troupe. Il parcourt depuis des régions épargnées par la montée du despotisme religieux. Le Théâtre du Soleil, qui fait un peu figure de grand frère, accueille aujourd'hui "La ronde de nuit", sa dernière création collective que met en scène Hélène Cinque.
Nader vient de trouver un emploi de gardien de nuit dans un théâtre désaffecté. Les premières heures qu'il va y passer seront agitées. Ce seront d'abord quelques habitués du lieu qui surgiront de l'obscurité ensuite un cortège de sans papiers originaires, comme lui, d'Afghanistan que le froid polaire a poussé à chercher un refuge. Durant quelques heures ces hommes et ces femmes vont évoquer leurs trajectoires semées d'embûches, être assaillis par des peurs archaïques, avoir le sommeil troublé par l'apparition fantasmée d'une belle de nuit. Il est clair que de nombreuses scènes ont jaillies des effluves de la mémoire des acteurs. Certains entonnent aussi -et cela à notre plus vif bonheur - des chants aux accents séculaires. Quand le jour pointe tous reprennent leur baluchon.
Bien que le propos du spectacle soit loin d'être réjouissant, l'humour constamment pointe. Grâce à "Skype" Nader est en contact fréquent avec sa famille. Les scènes où bousculant sa belle-fille, sa mère se met devant l'écran sont hilarantes mais en disent aussi long sur les traditions familiales 'encore bien ancrées dans d' innombrables contrés de la planète. Nader et sa femme sont à l'évidence épris l'un de l'autre mais ont le plus grand mal a tenir les parents de l'homme à distance.
Parlé tantôt en français, tantôt en perse (traduit en surtitres) le spectacle est truffé de scènes dont le pouvoir d'attraction ne trompe pas. On y reconnait, en effet, la griffe si talentueuse de Mnouchkine.
Bien que par moments un brin maladroit et naïf ce jeune théâtre afghan nous procure un plaisir qu'on ne peut qu'invité à partager.
Jusqu'au 28 avril Théâtre du Soleil Cartoucherie de Vincennes tel 01 43 74 24 08
Nader vient de trouver un emploi de gardien de nuit dans un théâtre désaffecté. Les premières heures qu'il va y passer seront agitées. Ce seront d'abord quelques habitués du lieu qui surgiront de l'obscurité ensuite un cortège de sans papiers originaires, comme lui, d'Afghanistan que le froid polaire a poussé à chercher un refuge. Durant quelques heures ces hommes et ces femmes vont évoquer leurs trajectoires semées d'embûches, être assaillis par des peurs archaïques, avoir le sommeil troublé par l'apparition fantasmée d'une belle de nuit. Il est clair que de nombreuses scènes ont jaillies des effluves de la mémoire des acteurs. Certains entonnent aussi -et cela à notre plus vif bonheur - des chants aux accents séculaires. Quand le jour pointe tous reprennent leur baluchon.
Bien que le propos du spectacle soit loin d'être réjouissant, l'humour constamment pointe. Grâce à "Skype" Nader est en contact fréquent avec sa famille. Les scènes où bousculant sa belle-fille, sa mère se met devant l'écran sont hilarantes mais en disent aussi long sur les traditions familiales 'encore bien ancrées dans d' innombrables contrés de la planète. Nader et sa femme sont à l'évidence épris l'un de l'autre mais ont le plus grand mal a tenir les parents de l'homme à distance.
Parlé tantôt en français, tantôt en perse (traduit en surtitres) le spectacle est truffé de scènes dont le pouvoir d'attraction ne trompe pas. On y reconnait, en effet, la griffe si talentueuse de Mnouchkine.
Bien que par moments un brin maladroit et naïf ce jeune théâtre afghan nous procure un plaisir qu'on ne peut qu'invité à partager.
Jusqu'au 28 avril Théâtre du Soleil Cartoucherie de Vincennes tel 01 43 74 24 08
mercredi 10 avril 2013
Les revenants d'Henrik Ibsen
Comme grand nombre d'écrivains et de cinéastes nés dans les contrées du nord de l'Europe - citons parmi eux Stig Dagerman, Dreyer, Bergman mais aussi nos contemporains Lars Nören et Jon Fosse- Ibsen n'a eu de cesse d'explorer les abimes de l'âme ou si l'on préfère de la psyché. C'est peut être dans sa pièce "Les revenants" qu'il approche de plus prés les tumultes intérieurs de ses personnages.
La veuve Alving qui a recueilli Régine, la fille du menuisier du village, reçoit pour un temps indéterminé la visite d'Osvald, son fils, parti faire une carrière artistique et mené une vie de patachon à Berlin. L'arrivé au même moment du pasteur Mandres avec lequel elle entretient depuis de nombreuse années une relation complexe va la pousser à repêché dans les tréfonds de sa mémoire des souvenirs cuisants. En quelques heures les évènements vont se précipiter et chacun aura à se battre contre des fantômes dont il ignorait la présence et le pouvoir. La violence pulsionnelle de l'honorable veuve et de ceux qui l'entourent laissera le spectateur - tout informé qu'il puisse être de nos assujettissements à des forces inconscientes - interdit.
L'allemand Thomas Ostermeier, qui a su avec constance rénové les canons de la mise en scène, fait montre quand il se mesure à Shakespeare d'une virtuosité époustouflante, quand il s'attaque à Ibsen d'une profondeur de vue qui nous fait découvrir combien l'univers de cet auteur trouve des résonances en nous. Il a pu, c'est clair, disposé de larges moyens financiers. Qu'il a utilisé à bon escient. Son spectacle scintille d'instants magnifiques. En priorité ceux où Valérie Dréville et Eric Caravaca forment le plus monstrueux et irradiant des couples mère-fils.
Cette adaptation modernisée par Ostermeier lui même et Olivier Cadiot est créée au Théâtre Nanterre - Amandier dont Jean-Louis Martinelli, le directeur, vient d'être remercié par la ministre de la Culture. Sans doute ignore t'elle qu'il est, entre autres qualités, l'un des rares metteurs en scène placés à la tête d'un théâtre de la banlieue parisienne dont la programmation concerne autant les populations qui vivent au delà du périphérique que les parisiens...
Jusqu'au 27 avril Théâtre Nanterre-Amandier tel 01 46 14 70 00
La veuve Alving qui a recueilli Régine, la fille du menuisier du village, reçoit pour un temps indéterminé la visite d'Osvald, son fils, parti faire une carrière artistique et mené une vie de patachon à Berlin. L'arrivé au même moment du pasteur Mandres avec lequel elle entretient depuis de nombreuse années une relation complexe va la pousser à repêché dans les tréfonds de sa mémoire des souvenirs cuisants. En quelques heures les évènements vont se précipiter et chacun aura à se battre contre des fantômes dont il ignorait la présence et le pouvoir. La violence pulsionnelle de l'honorable veuve et de ceux qui l'entourent laissera le spectateur - tout informé qu'il puisse être de nos assujettissements à des forces inconscientes - interdit.
L'allemand Thomas Ostermeier, qui a su avec constance rénové les canons de la mise en scène, fait montre quand il se mesure à Shakespeare d'une virtuosité époustouflante, quand il s'attaque à Ibsen d'une profondeur de vue qui nous fait découvrir combien l'univers de cet auteur trouve des résonances en nous. Il a pu, c'est clair, disposé de larges moyens financiers. Qu'il a utilisé à bon escient. Son spectacle scintille d'instants magnifiques. En priorité ceux où Valérie Dréville et Eric Caravaca forment le plus monstrueux et irradiant des couples mère-fils.
Cette adaptation modernisée par Ostermeier lui même et Olivier Cadiot est créée au Théâtre Nanterre - Amandier dont Jean-Louis Martinelli, le directeur, vient d'être remercié par la ministre de la Culture. Sans doute ignore t'elle qu'il est, entre autres qualités, l'un des rares metteurs en scène placés à la tête d'un théâtre de la banlieue parisienne dont la programmation concerne autant les populations qui vivent au delà du périphérique que les parisiens...
Jusqu'au 27 avril Théâtre Nanterre-Amandier tel 01 46 14 70 00
samedi 30 mars 2013
Solness le constructeur d'Henrik Ibsen
Alain Françon aime explorer divers pans de l'oeuvre des auteurs dont il se sent proche. A savoir Edward Bond, Tchekhov et Ibsen. C'est apparemment quand il se mesure à ce dernier qu'il est à son meilleur. Le constructeur Solness est un homme à qui tout semble réussir. Pourtant, comme Aline, sa femme qui, elle, ne masque pas sa dépression, il est manipulé par des ombres. Depuis l'incendie de la maison où ils vivaient, et dans laquelle elle a grandi, chacun est persuadé que l'autre est fou.
L'arrivée de Hilde, une jeune fille exaltée que Solness a connu quand elle était une enfant va pousser le constructeur à évoquer des souvenirs qu'il gardait comprimés en lui. Il ne tarde pas à l'entraîner dans la sinuosité de sa pensée. S'il semble au départ tourmenté de remords il reconnaît vite qu'il n'en est peut être rien. La vision qu'a Hilde du grand homme s'altère quand elle découvre qu'il entretient une relation d'une foncière perversité avec son dessinateur et qu'il est incapable de monter au somment d'une tour qu'il a fait bâtir. C'est un exploit semblable réalisé autrefois sous ses yeux qui l'avait rendu amoureuse de lui.
On retrouve des thèmes présents dans "Hedda Gabler "et "Le petit Eyolf", les deux pièces d'Ibsen déjà montées par Françon. Le mal de vivre d'Aline est aussi ravageur que celui d'Hedda. Comédienne dont on admire souvent la virtuosité, Dominique Valladié n'en use pas mais fait ressentir comme personne le tragique qui habite les deux femmes. La maison dont Solness est le maître d'oeuvre possède trois chambres d'enfants alors qu'il n'est, apparemment père d'aucun Qui a vu le petit Eyolf se souvient que cette pièce tourne, elle également, autour d'un petit fantôme.
Comédien d'un talent bien trempé, Vladimir Yordanoff donne à cet homme las de lui même et qui croit avoir trouvé l'occasion de renaître qu'est Solness une densité prodigieuse. Face à lui Adeline Dhermy, qui démarre en trombe une carrière qu'on pressent d'une forte singularité apparaît comme une figure tout ensemble solaire et menaçante.
Si Ibsen et Françon font si bon ménage c'est vraisemblablement parce qu'ils sont tous deux fascinés par le caractère abyssal de nos ténèbres.
Jusqu'au 25 avril La Colline - théâtre national tel 01 44 62 52 52
L'arrivée de Hilde, une jeune fille exaltée que Solness a connu quand elle était une enfant va pousser le constructeur à évoquer des souvenirs qu'il gardait comprimés en lui. Il ne tarde pas à l'entraîner dans la sinuosité de sa pensée. S'il semble au départ tourmenté de remords il reconnaît vite qu'il n'en est peut être rien. La vision qu'a Hilde du grand homme s'altère quand elle découvre qu'il entretient une relation d'une foncière perversité avec son dessinateur et qu'il est incapable de monter au somment d'une tour qu'il a fait bâtir. C'est un exploit semblable réalisé autrefois sous ses yeux qui l'avait rendu amoureuse de lui.
On retrouve des thèmes présents dans "Hedda Gabler "et "Le petit Eyolf", les deux pièces d'Ibsen déjà montées par Françon. Le mal de vivre d'Aline est aussi ravageur que celui d'Hedda. Comédienne dont on admire souvent la virtuosité, Dominique Valladié n'en use pas mais fait ressentir comme personne le tragique qui habite les deux femmes. La maison dont Solness est le maître d'oeuvre possède trois chambres d'enfants alors qu'il n'est, apparemment père d'aucun Qui a vu le petit Eyolf se souvient que cette pièce tourne, elle également, autour d'un petit fantôme.
Comédien d'un talent bien trempé, Vladimir Yordanoff donne à cet homme las de lui même et qui croit avoir trouvé l'occasion de renaître qu'est Solness une densité prodigieuse. Face à lui Adeline Dhermy, qui démarre en trombe une carrière qu'on pressent d'une forte singularité apparaît comme une figure tout ensemble solaire et menaçante.
Si Ibsen et Françon font si bon ménage c'est vraisemblablement parce qu'ils sont tous deux fascinés par le caractère abyssal de nos ténèbres.
Jusqu'au 25 avril La Colline - théâtre national tel 01 44 62 52 52
mardi 26 mars 2013
Le prix Martin d'Eugène Labiche
On peut être surpris que Peter Stein réputé pour avoir prodigieusement mis en scène des écrivains tels que Tchekhov, Von Kleist, Goethe ou Botho Straus, avec lesquels il se sentait en résonance profonde, se frotte aujourd'hui à une pièce de Labiche. C'est ignorer - comme je le faisais- qu'il a jadis monté en allemand La cagnotte du même auteur. Plutôt que de dépeindre, comme il est d'usage, des personnages un peu vains entraînés dans un tourbillon de quiproquos, il décrit avec une suave férocité la bourgeoisie pantouflarde de la fin du XIXe siècle.
Martin passe le plus clair de son temps à jouer aux cartes avec son meilleur ami. Son épouse a un amant qui lui chamboule le coeur. Un cousin arrivé d'Amérique latine, qui se prétend roi d'un peuple indien inconnu au bataillon, joue les farauds. Le domestique rappelle, quant à lui, constamment au maître de maison qu'il est son frère de lait. Le scandale éclate quand l'immensément naïf Martin a la révélation de son infortune.
L'intérêt de cette pièce, l'avant dernière de Labiche, est qu'elle fait se croiser des jeunes mariés dont les hormones ne cessent de prendre feu, une femme d'un âge plus avancé que son insatisfaction sexuelle jette dans les bras du premier homme qui lui déclare sa flamme et deux hommes au seuil de la vieillesse qui découvrent la force de leur amitié.
La réussite de spectacle tient pour l'essentiel à la subtile direction d'acteurs de Peter Stein. Sous sa férule attentive Jacques Weber se montre d'une cocasserie inattendue. Laurent Stocker et Jean-Damien Barbin y vont de tout leur talent. Ils entraînent sans mal dans leur sillage les jeunes Rosa Bursztein, Manon Combes et Julien Campani Et les répliques au rasoir de faire constamment mouche.
Jusqu'au 5 mai Théâtre de l'Odéon tel 01 44 85 40 40
Martin passe le plus clair de son temps à jouer aux cartes avec son meilleur ami. Son épouse a un amant qui lui chamboule le coeur. Un cousin arrivé d'Amérique latine, qui se prétend roi d'un peuple indien inconnu au bataillon, joue les farauds. Le domestique rappelle, quant à lui, constamment au maître de maison qu'il est son frère de lait. Le scandale éclate quand l'immensément naïf Martin a la révélation de son infortune.
L'intérêt de cette pièce, l'avant dernière de Labiche, est qu'elle fait se croiser des jeunes mariés dont les hormones ne cessent de prendre feu, une femme d'un âge plus avancé que son insatisfaction sexuelle jette dans les bras du premier homme qui lui déclare sa flamme et deux hommes au seuil de la vieillesse qui découvrent la force de leur amitié.
La réussite de spectacle tient pour l'essentiel à la subtile direction d'acteurs de Peter Stein. Sous sa férule attentive Jacques Weber se montre d'une cocasserie inattendue. Laurent Stocker et Jean-Damien Barbin y vont de tout leur talent. Ils entraînent sans mal dans leur sillage les jeunes Rosa Bursztein, Manon Combes et Julien Campani Et les répliques au rasoir de faire constamment mouche.
Jusqu'au 5 mai Théâtre de l'Odéon tel 01 44 85 40 40
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