lundi 18 mars 2019

A Bergman affair

Librement adapté par Serge Nicolaï de l'ouvrage d'Ingmar Bergman "Entretiens privés" la pièce s'attache à Anna, une femme mariée et mère de trois enfants qui a liaison avec un amant nettement plus jeune qu'elle. Ce qu'elle confie à son vieux pasteur. Celui-ci lui rappelle les terribles exigences de la foi et lui ordonne d'avouer à son mari qu'elle le trompe et de rompre avec celui dont elle est la maîtresse. L'entretien qu'elle a avec son mari qu'elle n'aime plus tourne mal. Après avoir longuement ruminé, il fait montre d'une inquiétante instabilité psychologique. Ce qui finit par avoir raison de la patience d'Anna. Ses liens avec son jeune amant ne tardent pas, eux non plus, à se défaire. Les unions chez Bergman sont inévitablement funestes. Il se montre, comme on peut s'y attendre, à l'écoute des tourment d'Anna interprétée avec un talent éprouvé (elle travailla longtemps sous la houlette d'Ariane Mnouchkine) par Olivia Corsini. S'inspirant du Bunraku, théâtre de marionettes japonais le metteur en scène a pris le risque de faire diriger, comme s'ils étaient des poupées, les corps des acteurs, et en particulier celui de la femme en proie à un insoutenable sentiment de culpabilité, par un manipulateur. Ce qui révèle avec force le mal être et les doutes qui assaillent les personnages. En fin de vie, le pasteur lui même ne semble plus trouvé de consolation dans la religion. Du pur Bergman! Jusqu'au 23 mars Le Montfort théâtre tél 01 56 08 33 88

vendredi 15 mars 2019

La chauve -souris de Johann Strauss

Pour ses débuts dans la mise en scène d'opérette Célie Pauthe ne s'est pas rendue la tâche facile. Hitler n'ignorait évidement pas que Johann Strauss avait des origines juives. Appréciant la gaieté acidulée de ses opérette, il lui offrit un certificat d'aryanisation. Ses oeuvres ne furent de ce fait jamais interdites. Brillamment mis en scène, le début du spectacle est, avec sa foison de quiproquos et ses danses tourbillonnantes, d'une folle allégresse. Les inflexions harmonieuses des voix des chanteurs-acteurs ajoutent à notre plaisir. Mais la maîtresse d'oeuvre a tenu à ce que le regard rapidement se décille. Les interprètes incarnent les artistes juifs qui furent déportés au camps de Térézin. Ils y jouèrent plusieurs spectacles. La chauve -souris y fut montée en 1944, pour abuser les représentants de la croix rouge à qui les nazis, experts en manipulation, firent croire que ceux qui vivaient dans cette ancienne forteresse y menaient joyeuse vie. Kurt Gernon, cinéaste de grand talent se prêta au jeu. Il filma les "habitants" de Terezin vivant dans des conditions idylliques. Le film terminé et les membres de l'organisation humanitaire partis, il fut comme la majorité de ceux qu'il avait montré profitant d'excellentes conditions de vie, envoyé dans les chambres à gaz d'Auschwitz. Le spectacle chatoyant était en fait une danse de spectres. Ce qu'un acteur à l'ouverture du 3e acte dit sur un ton inutilement larmoyant. C'est là la seule réserve qu'inspire cette représentation pour laquelle Anaïs Romand, plus habituée à mettre son remarquable métier au service du cinéma que de la scène, à conçue des costumes d'une exceptionnelle beauté.Jusqu'au 23 mars MC93 Bobigny tél 01 41 60 72 72 En collaboration avec l'Opéra national de Paris.

lundi 11 mars 2019

La collection d'Harold Pinter

Comme Beckett qu'il vénérait, Harold Pinter s'interroge sur le sens qu'on prête aux mots. Dans La collection, une de ses oeuvres de jeunesse, James tente de savoir ce qui s'est passé entre sa femme Stella et Bill, un créateur de mode. Celui-ci cohabite avec Harry qui prétend avoir sorti Bill des bas fonds. Le lien qui unit les deux homme reste un mystère. Le mari fait irruption dans la demeure de celui qu'il soupçonne d'avoir séduit sa compagne. S'agit-il d'un mensonge galant ou éhonté de la part de Bill? De l'imagination trop vive de James? Stella n'en dira pas plus. Le mari et le prétendu ou vrai amant finissent par s'affronter avec un couteau à fromage. Cette bagarre n'apportera pas plus d'éclaircissements que les remarques pernicieuses qu'échangent les deux adversaires. Ludovic Lagarde qui a adapté le texte et l'a mis en scène donne à la pièce un charme inquiétant. Il a trouvé en Mathieu Amaric, qui fait ses débuts sur un plateau de théâtre, Laurent Poitrenaud, complice attitré de Lagarde et Micha Lescot des interprètes idéaux. Valérie Dashwood écope d'un rôle plus bref où elle excelle. Jusqu'au 23 mars Théâtre des Bouffes du Nord tél 01 46 07 34 50

jeudi 7 mars 2019

Café polisson

Mise en scène avec malice par Jacques Verzier, la chanteuse Nathalie Joly qu'entourent la danseuse Bénédicte Charpiat, la bandéoniste Carmela Delgado et le pianiste Jean-Pierre Gesbert nous plonge au coeur des caf'conc et autres bastringues de la Belle époque. Les chansons qu'a dégotté la comédienne-chanteuse et qu'elle interprète de délectable façon sont, on ne s'en étonnera pas d'une franche gaillardise. Les attitudes qu'elle prend sont celles des modèles des tableaux de femmes dites de mauvaise vie aussi appelées les bitumeuses, les rôdeuses ou les fleurs de pavé. Les termes par lesquels on désignait celles qui vivaient de leurs charmes étaient à l'époque d'une imagination débordante. Vêtues avec l'élégance du trottoir par les soins des talentueuses Claire Risterucci et Carmen Bagoé, Nathalie Joly joue les coquine et compte inlassablement les sous que lui apportent ses activités. Elle rappelle aussi le sort de celles qui détenues à Saint Lazarre, le corps miné. Ne voulant pas clôre le spectacle sur une note sombre, elle nous gratifie, in fine d'une chanson leste qui met tout le monde en joie. Un régal que cette représentation à une époque où la crudité a si méchante réputation; Jusqu'au 3 avril Théâtre de l'Epée de bois tél 01 48 08 39 74

mardi 5 mars 2019

Je ne me souviens pas de Mathieu Lindon

Le journaliste et écrivain Mathieu Lindon prend dans "Je ne me souviens pas" le contrepied de Georges Perec qui dans son célèbre "Je me souviens" se remémore d'événements publics ou de petits riens qui ont trouvé un écho chez tous ceux de sa génération. Lindon parle, lui, de ce dont il a, comme tout un chacun, perdu la mémoire (sa première grippe, son premier rêve.. ) mais se rappelle avec force de comportements dégradants et aussi que son désir des hommes fut souvent pluriel. Sa langue caustique fait merveille. Sous l'oeil de Sylvain Maurice qui, s'il a de nombreuses mises en scène à son compteur n'est jamais autant à son affaire que dans les petites formes, le comédien Christophe Delloque livre les réflexions intimes de l'auteur sur un temps révolu avec une contagieuse délectation. Jusqu'au 6 avril Du jeudi au samedi Les Déchargeurs tél 01 42 36 00 50

mercredi 27 février 2019

Le misanthrope de Molière

Il n'était pas aisé à une époque (le Grand siècle) où l'esprit badin régnait en maître, de se montrer en toute circonstances intransigeant. Alceste est un homme austère qui dit son fait à celui dont les compliments et les courbettes lui semblent vaines. Cette attitude lui vaut de sérieuses inimitiés. Pour son malheur il s'est épris de Célimène qui s'entoure de jeune gens gominés avec lesquels elle prend plaisir à médire sur tout un chacun. Ces assauts de bons mots au détriment des absents déplaît au plus haut point au sévère Alceste qui en fait reproche à sa bien aimée. Laquelle reçoit la visite d'une bigote qui, à son tour blâme son comportement futile. La scène où les deux femmes se disent leur fait avec des mots élégamment fielleux est un délice. Le public friand des coups de génie de Molière sont à la fête. D'autant que Peter Stein, dont la plupart des spectacles restent à jamais dans les mémoires, s'est cette fois entouré de comédiens choisis avec discernement. Lambert Wilson compose un atrabilaire dont les attitudes malhabiles sont familières à tous ceux qui ont connus des amours désastreuses . Il a à ses cotés des acteurs aussi chevronnés que Hérvé Briaux, Jean-Pierre Malo, Brigitte Catillon et Paul Minthe. Célimène est interprêtée par Pauline Cheviller qui fait preuve d'un finesse de jeu qui pourrait la mener loin. On l'a compris ce Misanthrope, où les femmes n'ont d'autres choix que d'être des coquettes ou des donneuses de leçons et où Molière prend subtilement le pouls de son époque, a tout pour plaire. Théâtre Libre, 4 boulevard de Strasbourg tél 01 42 38 97 14

samedi 23 février 2019

Verte adapté d'un roman pour enfants de Marie Desplechin

Ursule est très remontée contre Verte, sa fille dont elle trouve les ambitions étriquées. C'est que comme sa mère et ses aïeules elle est sorcière et aimerait que l'adolescente suive ses traces. Ce dont celle-ci n'a nul désir. Elle l'envoie à sa mère avec laquelle pense-t-elle, la jeune fille sera à bonne école. Mais Verte n'a aucun mal à avoir Anastabotte, sa grand-mère, aux sentiments. D'autant qu'elle a fait connaissance de Soufi, un garçon tout en délicatesse de son âge. Cette adaptation par la metteuse en scène Léna Bréban et Alexandre Zambeaux d'un délicieux roman pour petits de Marie Desplechin provoque de bout en bout le rire et l'émerveillement. Les effets de magie conçus par Abdul Alafrez et Thierry Collet comme les lumières distillées avec malice par Jean-Luc Chanonat y sont pour beaucoup. Les quatre comédiens, Céline Carrère, Rachel Arditi, Julie Pilod et Pierre Lefebvre déploient, quant à eux, une si belle énergie qu'ils emportent le morceau. Léna Bréban, qui a eu l'intelligence de se faire épaulée par un collaborateur aux idées aussi astucieuses qu'Alexandre Zambeaux, confirme que pour ce qui est du théâtre adressé au jeune public elle est championne. Les adultes qui accompagnent les enfants trouveront, pour leur part, l'occasion rêvée de sustenter leur faim de fantaisie mais aussi de fantastique.Jusqu'au 3 Mars Théâtre Paris Villette Tournée : du 6 au 8 mars Comédie de Picardie, Amiens; le 19 mars L'Eclat _ Pont Audemer; les 21 et 22 mars Les Scènes du Jura SN; le 26 mars Scène Watteau -Nogent -Sur-Marne; du 4au 7 avril Am Stram Gram - Genève; les 10 et 11 avril Comédie de Valence, CD; les 25 et 26 avril Théâtres en Dracénie, Draguignan; du 14 au 16 mai Comédie de Saint-Etienne, CDN; du 21 au 23 mai mai Théâtre d'Angoulème, SN. Production de l'espace des arts, scène nationale Chalon-sur-Saône