jeudi 14 janvier 2021

Kolik de Rainald Goetz Mise en scène Alain Françon

Bien que nos gouvernants aient décrétés les lieux culturels inessentiels, metteurs en scène, comédiens, scénographes et tant d'autres s'activent en esperant que leurs créations verront le jour. Kolik est un monologue étourdissant signé du dramaturge allemand Rainald Goetz que joue Antoine Mathieu sous la délicate direction d'Alain Françon. Un homme sous l'empire du stress s'adresse au public. Il semble parler pour juguler sa terreur, s'exprime par bribes signifiant par cela que la grammaire et même les mots ne sont plus en adéquation avec le réel. La prestation intensément physique du comédien nous fait pourtant ressentir que son personnage a conservé son appétit d'être. Si le cerveau s'embrase, le corps résiste. Reinald Goetz qui écrivit ce texte en 1986 - texte qui a été revu par Ina Seghezzi - semble lancer un avertissement ultime. Qu'un tel spectacle - où pour tout accessoire l'intérprête dispose d'une fauteuil - soit vigoureusement applaudi par ceux qui ont la chance de le découvrir peut apparaître comme la preuve que la sitation est grâve mais pas aussi désepérée que l'auteur le croit. Théâtre 14 à une date indéterminée.

mardi 12 janvier 2021

Là bas, chansons d'aller-retour. Mise en scène Simon Abkarian

Chanteuse et comédienne de premier ordre, Nathalie Joly, dont on a tant apprécié l'interprétation qu'elle donna du répertoire et de la trajectoire d'Yvette Guilbert, revient aujourd'hui avec un spectacle à deux voix. Le duo qu'elle forme avec Valérie Joly, sa soeur est un bonheur. Non seulement parce que leurs deux voix s'accordent à merveille mais aussi pour la bonne raison qu'elles nous font découvir les reliquats d'un monde disparu ou du moins oublié. Le récit chanté qui nous est proposé est né de la rencontre de Nathalie Joly avec des femmes rencontrées de l'autre côté de la Méditérannée dont elle est elle-même originaire. Son inspiration elle l'a également trouvée à Cuba.La création à laquelle on assiste bénéficie de l'influence de deux cultures. Nostalgie et entrain tout du long se cotoyent. Les deux intreprètes marchent tantôt sur les brisées des Diseuses dont les incantations accompagnaient les familles endeuillées tantôt font surgir de la brume des souvenirs la préparation d'une spécialité culinaire dont, dans leur prime enfance, elles raffolaient. Vieux complice de l'initiatrice du spectacle, Simon Abkarian lui a donné un rythme si soutenu que la représention finie on se sent regénéré.Bien que la culture soit baillonnée ses servants s'activent. Ce spectacle comme tant d'autres est fin prêt. On ne sait hélas quant le public pourra le goûter.

samedi 24 octobre 2020

J'existe (même si je ne sais pas comment faire) rêvé, écrit et joué par Alice Vannier et Sacha Ribeiro

En ces temps où le moral fléchit les deux auteurs et interprètes du spectacle nous entraînent, pour notre grand plaisir, sur d'irrésistibles chemins buissonniers.  Alice Vannier et Sacha Ribeiro ont l'art de s'affranchir des codes sociaux. Alors qu'ils sont au départ vêtus, elle d'une robe de soirée, lui d'un costume, ils ont en fin de parcours échangés leurs fringues.  Une manière malicieuse d'affirmer que les frontières entre les sexes sont poreuses. Les deux complices disposent pour tout décor de quelques chaises et de loupiotes qui égayent le plateau.  Ils arrivent néanmoins à faire voir à travers  ce show conçu avec une évidente économie de fortune  qu'ils sont de bien talentueux boute-en train.   Difficile de ne pas s'esclaffer quand il chante à la manière de son idole Mylène Farmer ou quand elle se glisse dans la peau et les nerfs d'une femme gravement constipée. Ils apparaissent à travers un entre-lac de situations au cours desquelles  ils dansent ou poussent la chansonnette comme des comédiens tous terrain. Pas surprenant qu'on quitte la salle un brin requinqué. Jeudi, samedi, mardi 19h Reine Blanche tél 01 40 05 06 96

dimanche 18 octobre 2020

Un jour, je reviendrai composé de L'apprentissage et du Voyage à La Haye de Jean-Luc Lagarce

Dans les deux textes autobiographiques qu'a réuni le metteur en scène Sylvain Maurice,  Jean-Luc Lagarce s'exprime à la première personne.  L'apprentissage est le récit de sa sortie du coma. Ouvrant un oeil il devine ou croit voir A, son frère d'adoption. Une présence réconfortante. Celle d'une grosse femme souvent présente mais qui ne s'adresse jamais à lui n'est, quant à elle,  en rien réjouissante. Avec elle comme avec les autres membres du personnel hospitalier il a le sentiment d'être condamné au rebut. Les chambres voisines sont occupées, il l'entend, par des hommes aussi peu vaillants que lui. La mort, dont il prend connaissance,  de l'un d'entre eux fait davantage encore chuter son moral.  Remis sur pied il fait le récit de son Voyage à La Haye. A. à présent le secoue, supporte mal ses troubles de l'humeur, lui reproche de se montrer blessant avec les membres de sa troupe. Lorsque celle-ci s'en va jouer en Hollande  une des pièces régie par lui il ne se sent pas le courage de faire le trajet en compagnie de ses acteurs. Avant de les rejoindre il retrouve Amsterdam où il erre dans des lieux où il assouvit autrefois son désir des garçons. Jean-Luc Lagarce appartenait à cette frange d'artiste qui au plus fort de l'épidémie de sida évoqua sans détour son homosexualité.  La force de son écriture tient en partie à la franchise avec laquelle il aborde les situations qu'il lui faut affronter. Il lui suffit de quelques mots pour faire entendre qu'il est des moments où il se vit comme un vieillard. C'est avec la même simplicité, alors qu'il sait son temps compté, qu'il s'attarde sur l'effet produit sur lui par son médecin, le bel Antoine. Si sa lucidité ne faiblit pas, on le sent au fil des phrases de plus en plus détaché. Vincent Dissez saisit avec une délicatesse hors du commun les états d'esprit de l'écrivain.  Il en arrive à donner le sentiment qu'il s'est immergé dans les profondeurs de son être. On ne sera pas étonné que ces deux monologues si magnifiquement proposés apparaissent comme les miroirs des temps pandémiques que nous subissons.  Jusqu'au 23 octobre Théâtre Sartrouville Yvelines CDN tél 01 30 88 77 79

dimanche 4 octobre 2020

Le côté de Guermantes d'après Marcel Proust

Heureuse idée qu'a eu Christophe Honoré d'avoir choisi dans le grand oeuvre de Proust Du côté de Guermantes. Marcel (Stéphane Varupenne) un jeune écrivain, y est introduit par le marquis Robert de Saint Loup (Sébastien Pouderoux) , qui prise son amitié, dans les salons d'une société de gens à particules dont il ignore tout. Son désir le plus tenace est de faire la connaissance de la duchesse Oriane de Guermantes (Elsa Lepoivre), dont il a vu le portrait et qui est la tante de son ami. L'homme éblouit qu'il est quand il fait ses premiers pas dans ce monde de nantis va peu à peu déchanter. Il découvre un univers saturé de faux semblants où l'on rivalise de bons mots pour déniger les absents. Tous, à l'exemple de la Célimène du Misanthrope, ont l'art de trousser de divertissantes vacheries. Oriane de Guermantes n'est pas en reste. Bien au contraire. Mais elle se montrera quand l'un de ses proches sera frappé par le malheur d'une sollicitude dont son entourage est, à l'évidence, dépourvu.Ce qui frappe chez ces princes du bon mot, où Marcel occupe une place excentrée, est le plaisir qu'à chacun à déniger les juifs. Nous sommes en cette dite Belle époque en pleine affaire Dreyfus. Personne dans ce milieu ne s'aventure à défendre l'officier prétendument félon. Qu'il reste à l'Ile du diable même si il est innocent dit une de ces femmes du grand monde. Christophe Honoré a remarquablement reconstitué ce monde appartenant à un temps révolu. Ponctuant la représentation de moments musicaux familiers à nos oreilles et choisis avec un goût certain, il jette un pont entre les débuts du 20e siècle et le temps présent. On est moins emballé par la présence insistante de jeunes hommes munis de perches. Ce qui se fait à présent fréquemment sur les scènes de théâtre et rappelle de plus de façon inopportune que le metteur en scène est aussi cinéaste. Cette menue réserve n'empêche pas le spectacle d'enchanter. Cela grâce à des comédiens qui s'en donnent à coeur joie. Il faut en particuliers souligner combien les interprétations de Dominique Blanc, Elsa Lepoivre, Serge Bagdasarien et Loïc Corbery (dans un rôle bref) nous ont comblés. Jusqu'au 15 novembre Comédie-Française au Théâtre Marigny Tél 01 44 58 15 15

vendredi 2 octobre 2020

Crise de nerf. Trois pièces dAnton Tchekhov

Après s'être des années durant mesuré avec succés aux grandes oeuvres de Tchekhov, le metteur en scène allemand Peter Stein s'est décidé à monté trois de ses courtes pièces. Dans "Le chant du cygne" un comédien, dont le temps ou le rêve de gloire, est passé, s'est assoupi dans un théâtre. Le souffleur tente de le convaincre de rejoindre son logement. Plutôt que de suivre ce conseil il s'enlise dans ses souvenirs de textes renommés.Débutant sur un ton plus léger "Les méfaits du tabac" dresse le portait d'un homme qui cache sous ses dehors excentriques sa peine d'avoir mené une existence rabougrie. Venu faire une conférence sur les méfaits du tabac il ne résiste pas à son besoin de laisser les digues céder. Le récit qu'il fait de sa vie sous le joug d'une femme qui le traite avec mépris est d'autant plus sidérant que Jacques Weber (au centre de la représentation) y va de toute sa démesure. Perruqué, grimé, loeil dans le vague, il est prodigieux. Transformé en hobereau dans "La demande en mariage" il reçoit avc une affabilité qui n'est que de façade un jeune voisin lequel s'est pour la circonstance pomponné. C'est qu'il venu demander la main de la fille du maître des lieux. Plutôt que d'échanger des amabilités les deux promis ne tardent pas à s'empailler. L'acteur laisse cete fois ses jeunes partenaires occuper la place. Manon Combes se montre comme Loïc Mobihan dignes du prestigieux héros de la soirée. Théâtre de l'Atelier 01 46 06 49 24 En principe jusqu'à début janvier.

jeudi 1 octobre 2020

La loi de la gravité d'Olivier Sylvestre

Séduite par la lecture de La loi de la gravité du jeune auteur dramatique québecois Olivier Sevestre, Cécile Backès en a tiré un spectacle qui émerveille. Dom et Fred ont quatorze ans et sont en proie à un tumulte intérieur dont ils parlent dès leur première rencontre.Dom est une fille qui sèche les cours qui la font, dit-elle, vomir. Son nouvel ami se remet mal de la mort de sa mère. Leur complicité leur permet de se maintenir à flot et les pousse à tenter ,pour ce qui est de leurs objets de désir, d'y voir plus clair. Eprise d'une fille de son âge qui semble lui rendre la pareille, Dom nage dans le bonheur. Pour un temps. Fred, est lui, tenté d'en finir, de rejoindre sa chère disparue. Les deux jeunes tendrons vont, à l'intiative de Dom, faire un bout de route ensemble. Si on ne peut guère résister à la fraîcheur qui émane de ce spectacle c'est qu'il cerne avec une infinie délicatesse les troubles de l'identité propre à l'adolescence. Cécile Backes fait, comme à son habitude, preuve d'une impressionnante intelligence scénique. Elle a trouvé en Marion Verstraeten et Ulysse Bosshard des interpètes rêvés.Le spectacle est tout du long soutenu par la batterie d'Arnaud Biscay (en alternance avec Héloïse Divilly). Le scénographe Marc Lainé a, pour sa part, conçu un ingénieux décor dont n'a de cesse de jouer l'artisane accomplie qu'est la metteuse en scène. On ajoutera qu'avec ses tournures inusitées la verve langagière de l'auteur canadien est pur délice. Jusqu'au 10 octobre Comédie de Béthune - CDN Hauts-de-France tél 03 21 63 29 19 Du 17 au 20 novembre Théâtre de Sartrouville - CDN Yvelines, Du 24 au 27 novembre Comédie de Béthune, du 1er au 3 décembre Comédie de Saint-Etienne, les 17 et 18 décembre Scènes du Golfe. Théâtres Aradon-Vannes.